Notre système éducatif est confronté à d’énormes difficultés. Nous avons axé notre analyse sur 3 points fondamentaux :
• un modèle éducatif non approprié à notre structure démographique ;
• un problème de langue (déjà mentionné dans les documents publics, mais l’analyse mérite d’être poussée) ;
• des contenus et programmes non conformes à nos besoins et réalités.
- Un modèle éducatif non approprié à notre structure démographique ;
Le Sénégal, à l’instar des pays africains, se distingue par une population particulièrement jeune. Il est nécessaire de penser un modèle éducatif approprié. Celui que nous proposons s’appelle le modèle Diang diangalé.
Quelques principes fonctionnels du modèle Diang diangalé :
- à partir d’un certain niveau scolaire d’équilibre déterminé périodiquement en fonction des besoins (input du modèle), les étudiants du supérieur peuvent choisir un module que nous pouvons appeler option « Enseignement ». Par exemple, un étudiant en 2e année en mathématiques peut encadrer des élèves de 5e pour les exercices, le cours étant assuré par un professeur titulaire. De même, il pourra assister le professeur titulaire sur certaines tâches comme la préparation des cours et des exercices, la correction de certains devoirs, etc. En contrepartie, l’État accorde une majoration (à déterminer périodiquement par modèle) de la bourse des étudiants ayant opté pour ce module « Enseignement » ;
- l’étudiant sera noté sur ce module. Les modalités d’évaluation sur ce module seront scrupuleusement étudiées et impliquera probablement l’appréciation du professeur titulaire, des élèves, des responsables de l’établissement, etc. ;
- dans l’esprit du modèle, on veillera à ce que l’étudiant ne soit pas perturbé dans ses études supérieures. Pour cela, il faut un équilibre entre ses études (diang) et ses interventions (diangalé). Ainsi, l’étudiant intervient à temps partiel et de façon bien calculée ;
Quelques avantages et résultats attendus du modèle :
- responsabilisation et motivation des étudiants, lutte drastique contre le chômage ;
- facilitation de la mise à jour des programmes grâce à l’assistance des étudiants et à l’allègement de la charge de travail des professeurs expérimentés qui pourront faire plus de choses parallèlement à l’enseignement (recherche, entreprenariat, etc.). Nous pensons profondément que les enseignements sont parmi les mieux placés pour réussir dans l’entreprenariat au regard de toutes les capacités qu’ils ont développé au fil du temps ;
- réduction du gap intergénérationnel entre les professeurs et les élèves grâce à l’implication des étudiants dans la mise à jour des programmes compte tenu de la fraîcheur qu’ils pourraient apporter ;
- formation des étudiants au management, à la communication et à toute compétence requise dans l’enseignement et utile dans la vie sociale et professionnelle. Et cela sans dépenser un franc de la part de l’État ;
- préparation au métier d’enseignant, qui, avec ceux de la santé, font partie des plus nobles mais moins valorisés malheureusement ;
- économies considérables au niveau du budget destiné à l’enseignement. Ces économies pourront être réaffectées de façon bien calculée ;
- revalorisation du métier d’enseignant : chaque enseignant à un certain niveau d’expérience aura la possibilité d’avoir un étudiant assistant comme les hauts cadres (un enseignant expérimenté/un assistant) ;
- Les grèves seront de mauvais souvenirs ;
- allègement de la charge de travail des professeurs expérimentés avec une rémunération correcte. Toutefois, le nombre de recrutement de nouveaux professeurs titulaires diminuera progressivement. L’esprit du modèle étant le bien-être de tous, nous proposons d’affecter une partie des économies réalisées avec ce modèle au financement de la recherche et de l’entreprenariat en privilégiant les professeurs pour combler leurs heures libérées.
D’après une première estimation brute, les économies réalisables grâce à ce modèle pourraient, avec le temps, se chiffrer à plus de 100 milliards de franc CFA par an tout en assurant un meilleur résultat. Un modèle d’estimation de l’impact budgétaire avec des techniques actuarielles, stochastiques, prenant en compte plusieurs scénarios sera développé dans le cadre de la phase 2 du projet où nous élaborerons, avec les experts sectoriels, un programme politique pour le Sénégal.
- Langue :
A long terme, les dégâts causés par l’apprentissage en français sont incommensurables. Écrivant en français, je précise que je ne récuse pas l’apprentissage du français, mais en français.
Tout pays a des génies. S’ils sont bien encadrés, un d’entre eux peut faire une invention qui révolutionne le pays pour des siècles. Toutefois, notre système éducatif, tel qu’il est conçu en ce moment, est en train de les noyer avec l’apprentissage en français. Combien de génies par an ? À côté de combien d’inventions sommes-nous passés ? Combien nous coûtent toutes ces inventions ratées ? Nos enfants doivent pouvoir apprendre avec nos langues maternelles.
- Contenu et programmes :
Le continent africain est jeune et est en construction. Il doit être construit essentiellement par sa population. Pour cela, il faut que cette dernière soit formée à travers un système éducatif performant et approprié alliant à la fois transmission de « savoir » et de « savoir-faire » dès le bas âge. Au Sénégal, la majorité des écoles, du préscolaire au supérieur, sont des canaux de transmission de « savoir » et non de « savoir-faire », encore moins de « savoir faire faire ». En d’autres termes, le système produit majoritairement des profils avec connaissances théoriques sans aucune pratique. Par ailleurs, l’esprit d’entrepreneuriat n’est pas inculqué durant le cursus scolaire, au contraire, c’est le modèle du salariat, inadapté en ce moment, qui l’est implicitement.
Après le diagnostic, passons aux propositions :
- inclure des enseignements pratiques en les mettant en lien avec les enseignements théoriques ;
- à l’école primaire, penser à adopter (ou combiner avec) une approche holistique dans l’élaboration des cours et exercices. En effet, l’approche traditionnelle avec des matières parfois restrictives peut être un facteur de blocage pour certains apprenants. Par exemple, élaborer des exercices dont la résolution fait appel à plusieurs matières afin de déceler facilement les points forts des élèves en théorie et en pratique.
- enrôler et valoriser les ateliers techniques (mécaniciens, menuisiers, tailleurs, cordonniers, forgerons, etc.) pour les formations pratiques. Ces ateliers sont de véritables écoles.
- financer, moderniser, équiper ces ateliers en contrepartie ;
- enrôler et valoriser les daara, les centres éducatifs chrétiens, etc. et toute structure informelle dont la substance est jugée utile à la formation des jeunes conformément à nos besoins. Cela nécessite un approfondissement et entrera dans la deuxième phase de ce travail qui impliquera toutes les parties prenantes ;
- financer, moderniser, équiper ces structures en contrepartie ;
- enrôler et valoriser les écoles et centres de formations sportifs pour allier le sport avec un choix de disciplines variées (lutte, football, volley ball, hand ball, rugby, natation, etc.) pour permettre aux jeunes d’allier sport et étude à des proportions bien étudiées ;
- financer, moderniser, équiper ces centres en contrepartie. Aménager les stades afin qu’ils soient de véritables écoles sport/étude en étant opérationnels tout le temps ;
- orienter le programme vers l’enracinement d’abord, l’ouverture après. Concrètement, les programmes d’histoire et de géographie, par exemple doivent insister dans un premier temps sur la connaissance du pays et de ses figures telles que Cheikh Omar Foutiyou Tall, El Hadji Malick Sy, Cheikh Ahmadou Bamba, Cheikh Ibrahima Niass, Seydina Limamou Lahi, Cheikh Bou Kounta, etc. Des modèles d’entrepreneuriat doivent également inspirer notre jeunesse. Nous pensons à El Hadj Djily Mbaye, Ndiouga Kébé, Diallo Pithie, Aliou Sow (CSE), Bocar Samba Dièye, Serigne Mboup, Ndiaga Ndiaye, Abdoulaye Dia, etc ;
- mieux exploiter les NTIC pour certaines matières qui ne nécessitent pas forcément une présence physique permanente. Ce qui peut favoriser l’émergence de filières peu ou pas développées dans le pays telles que l’intelligence artificielle, la robotique, la physique médicale, l’actuariat, les data science, etc. à travers des enseignements à distance mettant en œuvre les compétences universitaires locales et de la diaspora.
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